Quand l’Europe doute, la culture cesse d’être un décor, elle redevient une force. Entre l’Italie et la France, elle n’a jamais été un simple supplément d’âme, mais l’un des lieux où se sont formés des langages communs, des institutions durables et une certaine idée de la vie publique. Archives, bibliothèques, patrimoines et savoirs composent, dans la longue durée, un espace de circulation, de traduction et de reconnaissance réciproque qui excède de beaucoup le seul cadre des relations diplomatiques.
À l’heure où le continent est traversé par les conflits, les déplacements de puissance, l’accélération technologique et la fragilisation des équilibres démocratiques, la culture retrouve une centralité éminemment politique. Non parce qu’elle offrirait un refuge, mais parce qu’elle donne forme au temps, relie mémoire et avenir, et rend à une société la possibilité de se lire elle-même. Les institutions de la mémoire ne conservent pas seulement : elles orientent, elles transmettent, elles rendent le présent intelligible.
Dans l’esprit du Traité du Quirinal, qui reconnaît à la culture, à la jeunesse, à la société civile et aux industries culturelles et créatives un rôle structurant dans la relation franco-italienne, cette table ronde propose d’interroger la manière dont l’Italie et la France ont fait de la culture non un domaine séparé, mais l’un des lieux où se nouent la continuité des institutions, la conscience publique et la possibilité même d’un horizon européen partagé. Car l’Europe n’habite pas la culture comme un héritage immobile : c’est aussi par la culture qu’elle se pense, se discute et s’invente.
